Comment accompagner les élèves dans l’utilisation des IA? Comment développer chez eux l’envie de garder un esprit ouvert et critique par rapport à ces connaissances accessibles sans (beaucoup d’)effort ? Comment évaluer des travaux qui ont peut-être été rédigés par des générateurs de textes? Comment outiller les jeunes au mieux?
J’ai ouï dire par exemple que 2 profs de français prenaient désormais du temps normalement dédié au cours pour que leurs élèves, en classe, lisent chacun un essai (choisi parmi ceux mis à disposition par les enseignants) et rédigent dans la foulée un travail basé sur cette lecture, ceci en ayant laissé les smartphones en dehors du local. C’est une manière de s’assurer du côté authentique des productions écrites. Il existe d’autres pistes, plus transversales.
Ce matin, justement, une carte blanche de Bruno Colmant dans le journal La Libre m’a fait réfléchir à ces questions en lien avec les IA. L’auteur (économiste et enseignant) y invite les jeunes qui doivent choisir des études à avoir comme critère de sélection (parmi d’autres): « cette filière va-t-elle m’apprendre à continuer à apprendre? ». Car il y a un vrai risque avec l’accès aux IA et ce n’est pas, selon lui, la disparition de certains métiers. C’est plutôt la paresse intellectuelle qui peut s’installer quand on a accès à des réponses toutes faites en un clic.
L’engourdissement de notre pensée qui est guidée par des algorithmes, le ressenti (factice) du confort d’avoir des IA qui travaillent « à notre place »… ça peut être angoissant, d’autant plus en tant qu’enseignant.
Bruno Colmant partage une clé interdisciplinaire que nous connaissons bien dans l’enseignement : si nous apprenons aux élèves comment fonctionne leur cerveau, comment ils apprennent, comment ils peuvent être les pilotes de leurs apprentissages, nous les outillons pour mieux appréhender leur usage des IA, et au-delà, pour poser des choix éclairés par leur propre conscience.
Depuis quelques semaines, je m’aide des IA pour gagner du temps dans la préparation de mes cours et je pose beaucoup de choix. Je vis cela comme un « compagnonnage » : je réfléchis quand je rédige un prompt, je fais appel à ma compréhension pour décoder la production de l’IA, j’y cherche ce qui me paraît intéressant, je reste attentive aux erreurs possibles (et il y en a) et mon imagination et ma créativité me servent pour arriver à un produit fini. Et je me rends compte que ce qui me permet de travailler « avec » plutôt que de laisser travailler « à ma place », c’est mon expérience et tout ce qu’elle m’a permis d’incorporer dans mes mémoires.
Plusieurs piliers fondent ce « compagnonnage ». Le premier, ce sont mes 30 ans de terrain en tant qu’enseignante en secondaire et formatrice d’adultes en pédagogie qui m’ont permis d’accompagner des centaines d’élèves et de profs. Le deuxième, c’est la gestion mentale qui m’outille pour donner accès aux apprenants à la prise de conscience de leurs gestes mentaux : par exemple, un élève qui a appris comment donner du sens à un contenu textuel restera acteur de sa pensée face à un texte produit par un agent conversationnel. L’approche de la motivation dans le modèle de Daniel Favre est devenue mon troisième socle: par exemple, un élève qui comprend que les réponses générées en un clic peuvent l’enfermer dans une motivation d’addiction a déjà fait un pas pour faire face à la tentation que cela représente.
Certains objecteront que tout cela est bien joli mais très difficile à faire expérimenter aux jeunes qui peuplent nos classes. Je reviendrai témoigner sur ce point dans quelques mois, je n’ai en effet aucune certitude sur la manière dont cela va se passer avec mes élèves. Mais j’y crois et vais tout mettre en œuvre pour les accompagner au mieux.
C’est aussi une de mes forces dans les formations en pédagogie que je propose. Il ne s’agit pas d’y chercher des trucs et ficelles mais d’y nourrir un autre regard sur les apprenants et leurs difficultés et de là, enrichir ses pratiques pédagogiques et sa posture de pédagogue. Beaucoup d’enseignants que j’ai accompagnés dans le grand Charleroi en témoignent sur le blog du projet qui reste accessible (cliquer sur ce lien).
Pour conclure et refaire un lien avec l’opinion de monsieur Colmant dans sa carte blanche de ce mercredi 4 août : ce n’est donc pas l’IA qu’il faut combattre, c’est l’envie de comprendre qu’il faut continuer à cultiver, chez les élèves comme chez les enseignants.
Si cela vous intéresse, vous pouvez vous inscrire à une des 3 formations que je vais donner au centre “Et si” en 2027 (“Motivation et gestion mentale”, “Dialogue pédagogique de groupe” et “Gestion mentale pour préparer mes cours ou mes séances”). Vous pouvez consulter les détails sur la page formations de ce blog. Pour accéder au catalogue complet du centre, cliquez sur ce lien.

