Notre attention est-elle toujours la même ou bien varie-t-elle au cours du temps ? Est-il plus efficace de faire des longues séances de travail ou plusieurs petites ?

Fort de la lecture du précédent numéro d’Intelligence mode d’emploi, vous avez décidé de surfer sur les courbes de la mémoire.
Vous avez même commencé le travail de réactivation pendant le cours !
Et comme vous êtes d’une nature curieuse (sans doute la première qualité intellectuelle, il faut bien le dire 😉 !), vous recherchez s’il existe des courbes sur « l’attention »…
Et là, patatras… vous tombez sur des trucs du genre :

Courbes1

voire même pour les amateurs de montagnes russes :

Courbes2

De quoi vous plonger dans une grande perplexité.
Vous vous demandiez comment les lumières de la science vous aideraient à améliorer votre « attention » en classe, à la maison ou dans votre vie de tous les jours d’une façon générale, mais là… 这是汉语啊! Pardon, c’est du chinois [1] !

Alors, que racontent ces courbes et en quoi cela peut servir votre attention ?…
Eh bien, déjà, précisons le sens du mot « attention » ici.
Dans le cas présent, « attention » signifie la capacité à pouvoir redonner ce que l’on a vu ou entendu, etc. juste après avoir vu, entendu, etc.
Disons que – dans cet article – avoir été attentif à un film par exemple, c’est pouvoir en parler à la sortie du cinéma.
Si vous êtes allé au cinéma et qu’après avoir vu le film vous n’avez AUCUN souvenir de ce que vous avez vu, nous dirons – dans cet article – que vous n’avez pas été « attentif » (ou « attentive » pour nos lectrices bien sûr).
C’est pour cela que sur les courbes complètes, la droite verticale (l’axe des ordonnées comme on dit) correspond au pourcentage d’informations retenues (pour le sens d’information, je vous renvoie au n°1).
La droite horizontale (l’axe des abscisses) correspond au temps pendant l’apprentissage (à la différence des courbes « de la mémoire » où il était question du temps après l’apprentissage).

Bien, mais que racontent donc ces courbes ?…

Que l’on apprend  mieux les choses qui sont au début et celles qui sont à la fin que celles qui sont au milieu (d’une séquence…).

Cela s’appelle l’effet de primauté (ou primarité) : les premiers éléments sont mieux retenus que ceux du milieu, d’une part, et l’effet de récence : les derniers éléments (les plus récents) sont mieux retenus que ceux du milieu, d’autre part.
Le comportement général des 4 premières courbes indique que le « niveau d’attention » baisse en début de séance (de cours, de travail) pour remonter ensuite vers la fin.
Là aussi, nous pourrions nous affliger de voir ce niveau baissait : à quoi bon travailler si c’est pour avoir un creux (j’ai dit un creux, pas un petit creux !) en milieu de cours ?…
Mais il existe une solution toute simple : si le niveau est plus élevé au début et à la fin… faisons plusieurs débuts et plusieurs fins !
Autrement dit, FAISONS DES PAUSES !!! ¸

Des pauses oui, mais pas n’importe comment !

Vous voyez, il y a bien une bonne nouvelle dans tout ça : pour travailler plus efficacement, il faut faire des pauses.
Ah, je vous vois venir avec votre nouvel emploi du temps : 10 minutes de travail, 30 minutes de pause devant la télévision (écran passif), 10 minutes de travail, 30 minutes de pause devant l’ordinateur (écran actif), etc.
Oui, mais là, plusieurs précisions s’imposent… car sinon, dans votre nouvel emploi du temps, vous feriez des pauses dans vos activités écrans.
(écrans parce qu’elles masquent le vrai travail ?… J)

  1. Tout d’abord, des études [2] rapportent que travailler moins de 20 minutes serait inefficace.
    Cela ne laisserait pas suffisamment de temps au cerveau pour traiter correctement l’information.
    Souvenez-vous, dans les courbes de la mémoire (cf. n°2), le pic d’information était autour de 10 minutes.
    Il faut donc savoir laisser du temps au cerveau de faire les liens nécessaires avec l’énorme stock de connaissances que vous avez en tête.
    Le temps de s’échauffer si vous préférez…
  2. Ensuite, désolé pour les scotchés des écrans, faire une pause de plus de 10 minutes ne servirait à rien (question travail ou efficacité bien sûr ! rien ne vous empêche de mettre la table par exemple ou encore de vider le lave-vaisselle plus de 10 minutes…).
  3. Enfin, de même que travailler moins de 20 minutes serait inefficace, travailler sans faire de pauses plus d’une cinquantaine de minutes le serait également, le niveau d’attention baissant au-delà.

Quand 20 min + 20 min = 1 h !

Votre nouvel emploi du temps de travail à la maison serait donc au pire : 20 min de travail, 10 minutes de pause, 20 minutes de travail, etc.
À vous de déterminer quel est la durée de travail qui vous est la plus favorable (nous reviendrons sans doute sur cette question dans un prochain numéro).
Quel avantage de faire des pauses me direz-vous ?…
Comme dit plus haut, cela permet de faire remonter le « niveau d’attention » (cf. 5ème et 6ème courbes).
Et comme le « niveau d’attention » est plus élevé, il faut du coup moins de temps pour apprendre la même chose (que si le « niveau d’attention » était plus bas).
En effet, même en ménageant une pause, nous passons moins de temps sur le travail car l’attention est meilleure : « nous sommes plus à notre travail » comme on dit…
Des chercheurs comme Christian Drapeau [3] pensent de ce fait que ce qui serait appris en 1 heure sans pause peut être appris en 2 séances de 20 minutes avec une pause entre les deux !
Un gain de temps ou au moins d’efficacité à tester…

Quand un élément isolé parmi plusieurs est mieux appris que les autres…

La deuxième courbe montre trois pics : ils illustrent l’effet d’isolement ou effet Von Restorff.
C’est le nom de la psychologue qui mit en évidence en 1933 que « le niveau d’attention » remonte pour quelque chose qui se distingue du reste.
Par exemple, dans une liste de mots écrits en noir, un mot écrit en rouge sera mieux « retenu » que les autres.

Cela donne une indication supplémentaire pour mieux apprendre, même si nous l’utilisions déjà sans forcément en être conscient.
Par exemple, souligner ou surligner les mots-clés dans un cours ou un exercice…
La différence c’est que maintenant, nous savons que c’est « scientifique »…
Adieu cours écrits d’une seule couleur, sans retour à la ligne où l’œil se noie dans une mer de lettres toutes identiques les unes aux autres…
Attention toutefois à ne pas transformer votre cours en feu d’artifice avec une débauche de couleurs : votre cerveau ne saurait plus… où donner de la tête !

Avoir encadré le paragraphe précédent était censé vous permettre de rehausser votre niveau d’attention… 😉 Certains lecteurs l’auront sans doute lu séparément du reste du texte.
D’autres se seront demandé pourquoi il est encadré, quand certains auront estimé que c’était parce que « c’était important ».
Et vous, pour travailler un document (un cours par exemple), faites-vous de même ?

Alterner les disciplines

Dans le même état d’esprit, nous avons à gagner à alterner les disciplines lorsque nous travaillons.
Exemple : au lieu de faire 1 h de maths puis 1 h d’anglais, il serait plus efficace de faire 30 minutes de maths, 30 minutes d’anglais, 30 minutes de maths, 30 minutes d’anglais.
Ou bien encore, au lieu de travailler dans cette ordre maths, physique, français, anglais, alterner les disciplines de type différent : maths, français, physique, anglais…

Des pauses, oui, mais… pour faire quoi ?…Les pauses structurantes ou évocatives : encore plus fort !

Hélène Trocmé-Fabre [4] , qui nous dit que « le silence est l’écrin de la pensée», propose des pauses structurantes.
Cela rejoint les pauses évocatives proposées par la Gestion Mentale (ou pédagogie des gestes mentaux).
L’idée, sur laquelle nous reviendrons dans des prochains numéros, est de cesser de lire, regarder, écouter… ce sur quoi on travaille (donc faire une mini-pause) POUR évoquer [5] ce que nous avons perçu par nos yeux, nos oreilles, etc.
Cela permet de structurer ce que nous sommes en train d’apprendre, de lui donner une existence mentale – et un sens.
Tout cela n’empêchera pas d’aller se déplier les jambes et se réoxygéner le cerveau pendant une pause plus longue.
Bon, et si nous en faisions une justement…de pause ?… 😉

En résumé : pour être mieux attentif à son travail, il faut savoir faire des pauses :

– de préférence dans le silence, des (mini) pauses structurantes ou évocatives, où nous faisons exister dans notre tête ce sur quoi nous sommes en train de travailler (et en faisant ce travail… de tête, en n’ayant pas le cours sous les yeux ou dans les oreilles) ;

– des pauses de moins de 10 minutes après 20 minutes minimum de travail efficace (pas juste être devant son bureau) et au maximum après 50 minutes (environ…).

[1] humour bien sûr, l’expression correcte étant 完全不懂, comme vous l’aurez corrigé de vous-même…〠

[2] Comme celles dont s’inspire Tony Buzan dans Une tête bien faite, Éditions d’Organisation, p.60 ; la 2ème courbe correspond à celle présentée dans cet ouvrage.

[3] Christian Drapeau, J’apprends à apprendre, p.130 ; la 1ère et la 5ème courbes correspondent à celles présentées dans cet ouvrage.

[4] Hélène Trocmé-Fabre, J’apprends, donc je suis. Introduction à la neuropédagogie, Ed. d’Organisation, 1994, p.68.

[5] ici dans le sens de faire exister mentalement ce que nous avons perçu par nos yeux, nos oreilles…

© Frédéric Rava-Reny

Attention…les courbes !